La loi AGEC et le décret 3R fixent des objectifs ambitieux de mise en place de voies et filières de recyclage.

Si l’amélioration de la  recyclabilité des emballages rigides, souvent composés d’un seul matériau ne pose pas de problématiques critiques, un effort beaucoup plus important va devoir être réalisé dans le domaine des emballages souples.

En effet l’expertise des fabricants de films repose historiquement sur une stratégie d’obtention d’un ensemble de propriétés via l’association d’un ensemble de couches de matériaux différents. Les « multicouches » sont obtenus par co extrusion ou complexage. Le complexage qui consiste à associer par « collage » différents films est la voie la plus flexible et elle s’est généralisée au détriment de la coextrusion.

Rendre recyclables les emballages souples implique de modifier drastiquement les pratiques actuelles. On note les grandes tendances suivantes :

  • L’amélioration des technologies de complexage : le complexage permet d’associer des couches de matières qui sont nécessairement obtenues au cours d’étapes distinctes. Par exemple les films support PET ou OPP présentent une rigidité et des caractéristiques barrières particulières que l’on obtient à partir d’un procédé de biorientation aujourd’hui uniquement appliqué à un monomatériau. Autre exemple, les traitements de barrières minérales (couches AlOx ou SiOx) sont appliqués sur des films rigides (biorientés) puis complexés en couches internes à des fins de protection de ces couches, très fragiles. Pour rendre ces matériaux recyclables, deux éléments sont à travailler ; d’une part, l’ensemble des polymères constitutifs doivent appartenir à la même famille (polyoléfiniques et polyesters sont les deux familles de matériaux majoritaires) afin de générer après recyclage des mélanges de polymères compatibles, d’intérêt technologique. D’autre part, les adhésifs utilisés pour complexer les différentes couches doivent être thermoplastiques afin de ne pas constituer des infondus dans les futurs recyclés. D’autres technologies sont étudiées, visant au développement de voies de délamination des différentes couches ; elles sont néanmoins moins réalistes en terme d’industrialisation.
  • Le passage des complexes aux coextrudés : La coextrusion amène généralement à transformer au cours d’une opération unique des matières présentant des caractéristiques communes en termes de propriétés d’écoulement, de gammes de températures de transformation, et de propriétés d’adhésion entre couches qui peuvent amener à utiliser des matériaux dits de compatibilisation ; l’ensemble de ces caractéristiques crée des conditions favorables à la génération, après recyclage et mélange de l’ensemble des couches, de blends intrinsèquement compatibilisés, et présentant donc possiblement des propriétés d’intérêt technologique. La tendance actuelle est donc de substituer les multicouches complexés par les multicouches coextrudés ; les films polyéthylènes constituant une filière de recyclage priorisée à court terme dans la feuille de route de CITEO, on observe une forte mobilisation sur le PE, et notamment un intérêt général sur la génération de films multicouches orientés qui lèvent le verrou de la forte déformabilité intrinsèque de ce matériau.
  • Enfin une dernière voie consiste à manipuler des multicouches plastique très fins, coextrudés ou complexés, associés par complexage à des substrats papier. En France aujourd’hui un emballage papier carton est considéré recyclable dans la filière papetière à partir du moment où sa composition comporte moins de 50% de matière plastique. Accéder à des solutions viables du point de vue fonctionnel est donc aujourd’hui assez aisé de par les possibilités multiples apportées par l’addition possiblement égale de plastiques et de fibres. Cette situation ne devrait pas perdurer car d’autres pays en Europe tolèrent des taux de plastique beaucoup plus faibles. Beaucoup d’entreprises anticipent ces évolutions d’exigences de composition des papiers cartons recyclables et innovent avec le développement de papiers cartons performants à très faible taux de matières plastiques, voire des matériaux uniquement fonctionnalisés via des technologies d’enduction et de traitements physiques.

Le CTCPA accompagne les entreprises pour le choix et la caractérisation de films recyclables innovants adaptés à leurs applications.


Contact : Annie Perrin aperrin@ctcpa.org

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